• Pour apprécier un livre comme il se doit, le mieux est bien souvent de s’installer confortablement chez soi, à l’abri des manifestations extérieures qui pourraient en troubler la lecture. Les Promenades dans le quartier du Foix ne sont résolument pas de ceux-là. Car l’auteur de cette étude historique consacrée au vieux quartier blésois a organisé son récit autour de différentes balades. Le lecteur est donc invité à parcourir les rues pour en découvrir l’histoire, s’arrêtant ça et là devant un bâtiment remarquable ou un lieu appelant une anecdote. Aussi serait-il incongru de se plonger dans la lecture de ces Promenades sans fouler le pavé dont il est question. Pavé qui n’a heureusement pas connu de grand changement depuis 1977, date de la première parution de l’ouvrage.

    Son auteur, Claude Dietschy-Picard, aujourd’hui décédée, originaire de Versailles et blésoise d’adoption, a rejoint la ville ligérienne dans les années 70 pour se rapprocher d’une partie de ses enfants. Cette historienne et littéraire de formation, qui avait déjà quelques publications à son actif, est vite tombée sous le charme du quartier. Deux ans de recherches lui furent nécessaires pour réunir les éléments constituant le fond de son ouvrage. Deux ans, c’est aussi le temps qu’il fallut à Hugues de Froberville pour concrétiser son projet de rééditer le livre.

    Si le texte, et donc le fond, n’a pas varié depuis la première version, la forme, elle, a connu quelques remaniements. Grâce à une nouvelle couverture et à l’ajout de nombreuses illustrations, cette seconde édition ressort plus avenante que la première. Parues l’année dernière au cours de l’été, ces nouvelles Promenades dans le quartier du Foix ont connu un succès certain, notamment auprès des autochtones. Si le temps morose n’invitait alors pas à la promenade, gageons que, cette année, le soleil permettra aux lecteurs de découvrir le quartier sous un nouveau (et rayonnant) jour…

    Entre l’étude sur les origines du « Bourg du Foix », qui ouvre le livre, et celle sur son évolution, qui le clôt, les différents chapitres sont autant de balades historiques. Depuis la rue Saint-Lubin et celle des Trois Marchands jusqu’aux quais en passant par l’Abbatiale Saint-Laumer ou la rue du Foix, l’exploration du quartier mène à la découverte de son passé. On y croise nombre de grands personnages et têtes couronnées tels Jean de la Fontaine, la Marquise de Sévigné, Victor Hugo, François Ier, Marie de Médicis ou encore Gaston d’Orléans. Mais l’auteur n’en oublie pas pour autant ceux, moins célèbres, qui ont vécu en ces lieux et en ont forgé l’âme: peintres, horlogers, libraires, brodeurs, marchands en tout genre et, bien sûr, bateliers de Loire. Et comme la fin de l’ouvrage leur est consacrée, il ne s’agit plus là de promenades. Le mieux est alors, pour profiter comme il se doit des dernières pages du livre, de s’installer confortablement sur un banc des bords de Loire, au cœur d’une atmosphère qui ne peut qu’en exalter la lecture.


    L’ouvrage est disponible dans les librairies blésoises ainsi que chez un certain nombre de commerçants, mais le mieux est encore de se le procurer directement dans l’antre de son éditeur, au 33 de la rue Saint-Lubin. De là, la promenade peut commencer…


    AnneSo, 9 mars 2009


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  • Eric Zemmour
    Le premier sexe
    Editions Denoël - Collection Indigne, 2006
    134 pages
    10 euros

    « C'est l'inégalité qui était le moteur traditionnel du désir. La machine séculaire du désir entre l'homme et la femme reposait sur l'admiration de la femme pour celui qui a ce qu'elle n'a pas entre les jambes »
     
    Le livre dont je vais vous parler cette semaine, Le premier sexe, d'Eric Zemmour, est un peu démodé (et c'est heureux) puisqu'il est sorti il y a presque un an. Mais les circonstances m'ayant entraînées à le lire étant particulières, je me suis fait un devoir d'en rédiger la chronique... (je vous épargne la petite histoire, entrons dans le vif du sujet). Est-il encore utile de présenter Eric Zemmour, ce journaliste politique, chroniqueur télé et écrivain qui a sans doute déjà retenu votre attention. En effet, ses discours passent rarement inaperçus. La preuve, s'il en faut, avec ce livre, Le premier sexe, qui a déjà donné lieu à de nombreux débats. C'est que cet essai de 134 pages (paru aux éditions Denoël dans une collection au nom évocateur : Indigne) porte une thèse pour le moins étonnante : selon Eric Zemmour, les problèmes que nous connaissons actuellement proviendraient du phénomène de féminisation de la société survenu au XXème siècle. Tout un programme...
     
    La féminisation de la société, qu'est-ce que c'est ? Littéralement parlant, on pourrait dire qu'il s'agit de la mutation de la société due à la place grandissante de la femme et de ses valeurs en son sein. Pour Eric Zemmour, le premier fautif est l'homme, qui aurait abandonné un peu trop facilement son rôle traditionnel au profit de la femme. Ainsi donc, l'intrusion des valeurs féminines aurait dévirilisé une société traditionnellement tenue par les hommes et désormais perdue. Au long de cinq chapitres sans nom, Eric Zemmour cherche à justifier cette hypothèse par le biais d'anecdotes, d'exemples de toutes sortes, de phrases d'hommes célèbres et de théories de ses confrères.

    La démonstration est simple. Avant, nous vivions dans une société traditionnelle, patriarcale, dominée par les valeurs viriles, et tout était en ordre. Maintenant, nous vivons dans une société dominée par les valeurs féminines, dévirilisée, déstabilisée, désordonnée, et tout va mal. Entre-temps, il y a eu la guerre, la recrudescence de la violence des hommes, puis un mouvement de recherche de la paix, l'immixtion des femmes, le féminisme, l'abdication des hommes , la libéralisation du divorce, l'égalitarisme, la salarisation du travail des femmes, le droit à l'avortement, la perte du rôle de l'homme au sein de la famille, la frustration sexuelle des hommes,... Bref, les valeurs féminines ont investi tous les grands domaines de la vie sociale, du football à la vie politique en passant pas la gestion des entreprises , entraînant un bouleversement des règles d'une société traditionnelle où tout allait droit, et l'émergence d'une société instable où tout le monde est malheureux. Parce que c'est ça la fin de l'Histoire que nous raconte Eric Zemmour. Ne vous attendez pas à une « happy end » : il n'y aura pas de révolution de l'homme parce que, même frustré, il se satisfait de cette situation de déresponsabilisation. Quant à la femme, instrument d'un capitalisme manipulateur, elle est désormais seule et accablée.

    Le moins que l'on puisse dire est que, sur le fond, cet essai appelle constamment à la réaction. Pour ma part, c'était de l'incrédulité à chaque page. Les propos d'Eric Zemmour m'ont très souvent outrée, mais je suis sûre qu'il n'y verrait que la réaction typique d'une « femme moderne » piquée au vif. Forcément, lorsqu'on lit qu'il y aurait une « malédiction féminine » , ou que la féminisation de la société pourrait être à l'origine de la stagnation économique et intellectuelle de l'Europe , il ne saurait en être autrement.
    Pourtant, il y a une qualité incontestable à reconnaître à ce livre : il est très bien écrit. La plume est agréable, incisive, et pourrait être séduisante si elle ne soutenait l'insoutenable... L'auteur sait mêler subtilement sérieux et humour, théories et anecdotes, réalité des choses et interprétation délirante, d'une manière qui rend la lecture de son livre plaisante, marrante, facile. On se dit presque qu'il faudrait lire ses autres livres, romans ou portraits, qui en plus sont réputés très bons. Presque.

    Pour conclure j'aimerai moi aussi raconter une anecdote pour faire un parallèle. Récemment encore je n'avais pas vu le film « Requiem for a dream ». Il est pourtant devenu une référence, et tout le monde en parle. Référence du sordide, du malsain et du mal-être, certes, mais référence quand même. Les gens vous disent de ne pas le voir, parce que trop dur et sans intérêt. Oui mais eux l'ont vu et peuvent participer quand on en parle dans la conversation. C'est la raison pour laquelle j'ai fini par voir ce film, qui n'était pas si terrible d'ailleurs. Et c'est la raison pour laquelle vous pouvez lire, si vous êtes courageux, Le premier sexe : pour avoir toute légitimité à en parler (mais n'en abusez pas quand même...).


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    "LA CITE DES ANGES" DECHUE

    MIKE DAVIS
    Au delà de Blade Runner, Los Angeles et l'imagination du désastre
    EDITIONS ALLIA, janvier 2006 (pour la traduction française)
    154 pages
    6 euros 10

    Blade Runner n'est pas tant le futur d'une ville que le fantôme des rêveries du passé

    Comment est-il possible d'en arriver là ? C'est la question que l'on se pose irrémédiablement tout au long de la lecture de cette étude du déclin politique, social et urbain de Los Angeles. La réponse apportée par Mike Davis plonge le lecteur dans une réflexion perplexe sur l'avenir de la civilisation moderne. Pour lui en effet, l'addition de la politique absurde des pouvoirs publics et du soutien que leur fournit une population maintenue dans un climat de peur constante a précipité L.A. dans un gouffre insurmontable. Le résultat en est, sous sa plume, la peinture décrépie d'une ville autrefois mythique et devenue un "exemple" à fuir impérativement.

    Cet essai, publié par les éditions Allia au début de l'année, ne représente en réalité qu'une petite partie d'une étude plus vaste, Ecologie of fear, parue aux Etats-Unis en 1998. Malheureusement, pour ceux qui ne peuvent la lire dans le texte, il faudra se contenter de la traduction de ce chapitre 7, Au delà de Blade Runner, Los Angeles ou l'imagination du désastre.
    Si l'auteur fait référence au célèbre film de Ridley Scott Blade Runner (1982), c'est pour montrer à quel point la vision du futur qui s'y trouve est idéalisée. Pour Mike Davis, la réalité à venir est bien pire, et pour se l'imaginer il suffit de pousser jusqu'à leur terme logique les tendances du désastre aujourd'hui à l'œuvre. Pour se faire, il extirpe de l'histoire contemporaine de L.A. les évènements les plus aberrants, en terme de vie politique et sociale, afin d'analyser à travers eux le déclin de "La Cité des Anges". Ainsi, en respectant un schéma urbain bien déterminé, il balade son lecteur du centre-ville jusqu'à la planète Mars, s'arrêtant à tous les stades intermédiaires où pullulent les incohérences du système.

    A travers des chiffres et des faits, Mike Davis explique les tenants et les aboutissants du mal qui ronge la ville, et qui semble-t-il est contagieux. Obsession sécuritaire, tendance à la militarisation, misère sociale, désespoir économique, décisions absurdes des pouvoirs publics, abus caractérisées, restriction des libertés individuelles, criminalité... autant de symptômes avérés dont on ne peut nier qu'ils se propagent et nous atteignent.
    En mêlant ses explications fondamentales aux anecdotes qui s'y rapportent, Mike Davis donne à son lecteur de quoi se poser sérieusement des questions sur le déclin de la démocratie "à l'américaine", potentiellement exportable. On croit rêver.

    Extrait: Hollywood a récemment mis en place la première "zone de surveillance vidéo" officielle (...) Pendant ce temps, le légendaire panneau Hollywood est protégé contre les vandales et les randonneurs par le dernier cri des détecteurs de mouvement et des caméras infrarouges avec zoom déclenché par radar. "Les images des intrus sont conservées sur disque dur pour servir de preuves et les gardiens du parc de la ville sont alertés. Ensuite des haut-parleurs annoncent aux contrevenants qu'ils sont observés et que les autorités sont en chemin."


    Nul doute que cet essai fataliste apportera à ceux qui tentent de raisonner sur l'avenir de nos systèmes politiques de quoi alimenter leur propos. Mais il ne s'agit pas d'un pamphlet. Mike Davis ne vise personne directement, ne porte aucun jugement personnel, n'attribue pas de responsabilité, ne propose pas de solution. Les conclusions se tirent d'elles-mêmes. Son examen presque scientifique de la situation brosse le portrait du côté sombre de Los Angeles grâce à des faits, des chiffres, des schémas, des photos, des tableaux et une analyse précise de l'ensemble. Si certaines phrases longues et complexes peuvent ralentir un lecteur fatigué, l'enchaînement de dix chapitres aux thèmes variés mène sans effort à une conclusion en pointillés. Le livre se poursuit sans nous mais sa démonstration reste, et avec elle cette terrifiante question: Et nous, où allons nous ?


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  • LE PRIX GONCOURT

    En ce moment, le monde littéraire commence à s'émoustiller sérieusement. Les discussions s'enflamment et les spéculations vont croissantes lorsque la question est posée : qui sera le lauréat du prix Goncourt 2005 ?

    Alors ! En attendant le verdict, qui ne tombera que le 3  novembre, je vous propose de laisser les initiés se quereller de leur côté, et de revenir quant à nous aux origines du plus prestigieux des prix littéraires français. 

    Son Histoire remonte au XIXème siècle, auquel vécurent Jules et Edmond de Goncourt. Ces deux frères, écrivains et amateurs d'art, sont alors très connus du monde des Lettres. Lorsqu'ils fuient le brouhaha parisien pour s'installer dans un petit hôtel particulier à Auteuil, c'est avant tout pour pouvoir profiter de leur immense collection d'objets d'art. Seize ans plus tard, Edmond ouvrira les portes de ce qu'il appelle le « Grenier » pour y former un salon, la « société littéraire » qui deviendra pas la suite l'Académie (en opposition à l'Académie française).

    A sa mort, Edmond laisse un testament surprenant dont la réalisation revient à l'écrivain Alphonse Daudet : pour respecter la volonté de son ami défunt, Daudet a pour mission de créer dans l'année une société littéraire perpétuelle. Son but sera de récompenser par un prix un ouvrage d'imagination en prose, paru dans l'année.

    Le premier prix Goncourt sera donc décerné en 1903 à John-Antoine Nau pour son livre intitulé Force ennemie...

    Depuis la création du prix Goncourt, pas moins de 101 ouvrages ont ainsi été couronnés. Parmi eux on peut citer par exemple A l'ombre des jeunes filles en fleur de Marcel Proust (1919), La condition humaine d'André Malraux (1933), Week-end à Zuydcoote de Robert Merle (1949), Les racines du ciel de Romain Gary (1956), suivi de La vie devant soi où il se fait appeler Emil Ajar (1975). Il y a eu ausi L'amant de Marguerite Duras (1984), et pour finir dans cette liste non exhaustive (loin de là) le lauréat de l'année dernière, Laurent Gaudé pour Le soleil de Scorta.

    Il faut préciser pour finir que de nos jours les 10 membres de l'Académie sont bénévoles, et que le prix n'est plus que de 10 euros symboliques. Mais tout ce qu'Edmond de Goncourt avait à l'époque gratifié d'argent l'est maintenant par une denrée bien plus précieuse : la notoriété et la reconnaissance du monde des Lettres.


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  • PATRICIA CORNWELL ET JACK L'EVENTREUR

    Le débat se durcit actuellement autours de Patricia Cornwell, la grande romancière américaine, qui publiera au début de l'année 2006 une nouvelle édition de son enquête policière sur Jack l'éventreur...

    Il y a trois ans, le roman qu'elle avait tiré de ses premières conclusions « Jack l'éventreur, affaire classée » avait déjà fait couler beaucoup d'encre. En effet, la romancière y exposait sa théorie, inchangée à ce jour, selon laquelle le célèbre tueur en série ne serait autre que Walter Sickert, un peintre impressionniste anglais très connu à l'époque.

    Suite à la publication de cet ouvrage, la polémique était lancée. Si les critiques littéraires étaient unanimes quant à la qualité du livre, les experts en criminalité, eux, dénonçaient le manque de fondement de cette théorie.

    Et c'est encore ce qu'ils ont tenté de faire récemment, critiquant la thèse de la romancière  dans les colonnes du grand quotidien londonien The Independent.

    Mais Patricia Cornwell ne pouvait pas laisser passer cela. Elle a immédiatement répondu à ces détracteurs, en s'offrant deux pleines pages de publicité, l'une dans The Independent, et l'autre dans  The Guardian. L'auteur de Postmortem, Morts en eaux troubles ou encore Mordoc, y explique le sérieux de son enquête. Celle-ci repose en partie sur une analyse ADN prélevée sur un des tableaux de l'artiste, et qui se retrouverait sur l'une des lettres pouvant être attribuée au criminel.

    Si, pour les experts, cette thèse ne tient pas debout, les lecteurs eux, se délecteront d'une nouvelle enquête policière de celle qui est un maître en la matière.

    On ne peut lui reprocher de vouloir apporter son point de vue sur le plus célèbre des meurtriers en série, tel que l'ont déjà fait des dizaines d'auteurs à travers le monde.

    Mais cette histoire relance une polémique bien ancrée dans l'actualité, et qui avait été lancée par le fameux Da Vinci Code de Dan Brown :

    Dans quelle mesure peut-on laisser un auteur à succès déformer les faits historiques pour les besoins de son roman ?

    Cette question là reste entière...


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