• Interview de Nicolas JEANNETE pour Connexion Française, octobre 2006


    Le Francophonic Festival s'apprête à porter jusqu'à nous le doux air de la musique française. Un mois pour découvrir et redécouvrir des artistes exceptionnels qui traverseront la frontière pour nous taquiner l'oreille. Connexion française a rencontré Nicolas Jeanneté, le directeur de ce festival hors du commun, et retranscrit pour vous les meilleurs moments de cet inépuisable échange avec un passionné.

    Connexion française : Pour ceux qui ne le connaissent pas, pouvez-vous expliquer ce qu'est le Francophonic Festival ?

    Nicolas Jeanneté : C'est le premier et unique festival de musique française en Allemagne. L'idée de sa création nous est venue du constat que le couple franco allemand, qui est si fort politiquement et économiquement, ne l'est pas assez culturellement. Voyageant fréquemment en Allemagne, je me suis aperçu il y a quatre ans que la musique française n'y était pas bien représentée. C'est ainsi que j'ai eu envie de contribuer à exporter la scène française dans ce pays ami et frontalier qu'est l'Allemagne. Avec Jean-Louis Foulquier, nous avons monté les Francofolies de Berlin dans cette optique. Beaucoup d'artistes étaient présents et nous avons constaté une très bonne réceptivité du public et des médias. Nous avons donc organisé une nouvelle édition l'année suivante, à laquelle nous avons ajouté Cologne. Là encore, d'un point de vue médiatique et artistique, ce fut un succès. Et même si nous avons essuyé une perte qui nous a contraints à faire une pause en 2005, nous avons décidé d'organiser une troisième édition cette année avec une nouvelle ville supplémentaire, Munich.

    Connexion française : Quelles sont les nouveautés de cette
    troisième édition ?

    Nicolas Jeanneté : Cette année les spectateurs pourront découvrir un Francophonic Festival quelque peu remanié. Outre le fait qu'il aura lieu pour la première fois dans trois villes, nous avons décidé que les festivités ne se dérouleront plus sur quatre jours successifs, mais sur un mois. D'abord parce que nous avons plus d'artistes, mais aussi parce que nous nous sommes aperçus qu'il est très difficile d'organiser un tel événement dans une grande ville. En règle générale les festivals ont lieu en dehors des villes, le plus souvent l'été, alors que les gens ont du temps. Dans ces conditions les spectateurs achètent des billets groupés et assistent au festival sur trois ou quatre jours consécutifs. Pour nous les choses sont différentes puisque le Francophonic Festival se tient en pleine année scolaire et dans de grandes villes. Lorsqu'il se déroulait sur quelques jours seulement, les spectateurs n'avaient pas le temps d'assister à tous les concerts de leur choix. Nous avons alors décidé de l'organiser sur un mois, avec un ou deux concerts par ville et par semaine, afin que les festivaliers puissent en profiter davantage. Cette année, le festival commencera donc le 23 octobre et se terminera le 25 novembre.

    Connexion française : Pouvez-vous nous présenter les principaux artistes présents cette année ?

    Nicolas Jeanneté : Pour commencer, nous allons faire découvrir au public allemand le groupe français le plus connu d'Europe, celui qui a vendu le plus d'albums : Louise Attaque. Il n'est jamais venu en Allemagne auparavant, si ce n'est dans une école à Fribourg en 2005 pour faire des classes pédagogiques et deux petits concerts. Le groupe s'est séparé pendant cinq ans et est revenu récemment avec un nouvel album, A plus tard crocodile, qui a tout de suite été n°1 des ventes. Nous les avons contactés parce que nous estimons qu'un tel phénomène doit se faire connaître en Allemagne. L'album sortira donc ici en novembre, et le groupe viendra le promouvoir lors d'un concert exclusif à Berlin.

    Notre seconde tête d'affiche est Rachid Taha, que nous invitons cette année à l'occasion de la sortie de son tout dernier album, Diwan 2. Nous l'avions déjà présenté il y a deux ans, après la sortie de Tékitoi, qui était un album résolument raï-rock. Il revient cette fois dans un registre plus traditionnel, avec des chansons superbes, très mélancoliques, qu'il présentera en avant première mondiale au festival. Le public allemand, à Cologne et à Berlin, sera ainsi le premier à entendre sur scène ce nouvel album.

    Notre troisième invitée, Emilie Simon, est un coup de cœur. C'est une artiste extrêmement intéressante, qui a un charme fou. Nous l'avons surnommée « la princesse de l'Electro française ». Les allemands savent qu'elle fait une musique de qualité grâce à la B.O. du film « La Marche de l'empereur », et nous allons leur présenter son dernier album, Végétal. [Cf. Interview d'Emilie Simon pour Connexion française]

    Connexion française : Et pour ce qui est des découvertes ?

    Nicolas Jeanneté : Le Francophonic Festival accueillera également des musiciens de la nouvelle génération indie-pop-rock-electro. Sébastien Tellier tout d'abord, qui est en quelque sorte « le poète parisien ». Il a un parcours étonnant : découvert par Air, dont il a assuré la première partie de la tournée mondiale il y a quelques années, il s'est fait oublier par la suite. Jusqu'à ce qu'il ressorte un album en Angleterre et y devienne n°1. C'est cet album que nous lançons en Allemagne, et Sébastien Tellier le fera découvrir au public au cours de trois concerts à Berlin, Cologne et Munich.

    Nous recevrons également deux groupes d'electro-pop qui ne sont pas encore très connus en France : Sex in Dallas et One-Two. Le premier, composé d'artistes franco-berlinois, joue une musique plus electro que pop et présentera son album pour la première fois. Le second est un duo parisien un peu déjanté dont la démarche est de tourner le dos à cette Pop-electro assez tristounette qu'on voit actuellement. Ils transforment la salle en un véritable dancefloor grâce à leur musique très énergique. Et puis nous accueillerons ausi des filles, Mansfield Tya et Marie Modiano, qui devraient remporter un franc succès en Allemagne. Mansfield Tya est un duo nantais aux superbes balades minimal-folk. Marie Modiano, la fille de Patrick [Ecrivain français émérite, NDLR], a enregistré son disque à Berlin. Elle propose des chansons folks très mélodieuses, qui nous font voyager à travers le monde par le biais de très beaux textes. Les deux albums seront disponibles en Allemagne à l'occasion du festival.

    Enfin, nous présenterons deux jeunes talents de la mouvance electro-pop: Underwires et Lagardère et Lemercier. Nous les avons sélectionnés parmi les nombreux disques que nous recevons chaque année d'artistes qui désirent se produire.

    Nous avons ainsi réuni un panel suffisamment varié pour satisfaire l'ensemble du public. Notre idée est que chacun puisse piocher selon ses goûts dans notre programmation, afin de retrouver ou de découvrir des artistes. Nous privilégions beaucoup cette dimension de découverte.

    Connexion Française : Quels seront les moments forts de cette troisième édition ?

    Nicolas Jeanneté : Je pense que chacun pourra se forger, au cours du festival, ses propres moments forts. Le public trouvera son bonheur dans notre sélection. Ce qu'il y a de particulier avec le Francophonic Festival, c'est le contexte intimiste dans lequel se déroulent les concerts. Louise Attaque, par exemple, sera face à un public de 500 personnes, et non devant 10 ou 20 000 spectateurs comme c'est le cas en France actuellement. De même pour Emilie Simon, qui va jouer à Cologne dans une église et à Munich dans un petit club de 350 places. Quand on connaît sa musique on se rend compte de ce que cela représente, parce qu'elle réalise des sons surprenants avec des instruments qui le sont tout autant. Et cela vaut pour tous nos concerts : le public de Rachid Taha pourra, dans de telles conditions, s'imprégner d'un véritable moment d'exotisme raï. Et pour ceux qui ont envie de danser et de s'éclater, les concerts de One-Two, Sex in Dallas ou Para One se dérouleront dans des lieux plus club... Cette proximité entre un artiste et son public va créer une ambiance dans la salle qui ne peut que constituer un moment fort.

    Connexion Française : En vous replongeant dans les éditions précédentes du Francophonic Festival, quel souvenir vous vient à l'esprit ?

    Nicolas Jeanneté : En tant qu'organisateur et producteur du festival, il m'est impossible de citer un souvenir en particulier. Si je regarde en arrière, je me dis que chaque instant a été extraordinaire. Le plus grand plaisir lorsqu'on est à ma place, c'est de voir une salle remplie d'un public heureux face à un artiste qui se donne à fond. Il arrive, comme ce fut le cas la dernière fois, qu'une véritable osmose se créé entre le public et l'artiste. Exalté par le public allemand, Rachid Taha avait offert un concert de deux heures non-stop. C'est cela, par exemple, qui donne des souvenirs fabuleux.

    Connexion française : Quel message tenez-vous à transmettre aux lecteurs de Connexion française ?

    Nicolas Jeanneté : Venez avec nous vous plonger dans la découverte ! En l'espace de quelques concerts, venez vous imprégner des nouvelles tendances musicales made in France.
    Je vois au moins trois bonnes raisons de participer au Francophonic Festival. La première est la possibilité de voir des stars françaises dans de petites salles. Tout simplement, une place pour Louise Attaque en France coûte 30 ou 40 euros et le concert se déroule devant 10 000 personnes. Ici, le billet vaut 15 euros et le groupe joue dans une salle de 500 places. La seconde raison est l'opportunité d'assister à des concerts exclusifs dont une avant-première mondiale, celle de Rachid Taha. Et enfin, la troisième est la présence de jeunes talents émergeants que nous découvrons en même temps que Paris. Venir au Francophonic Festival, c'est aussi soutenir ces artistes talentueux qui essaient de porter la culture française au-delà des frontières. Ils ne sont pas encore tous connus en France, mais beaucoup d'entre eux sont les stars de demain. Le festival est une occasion unique de les découvrir avant tout le monde.

    Connexion française : Une astuce pour nos internautes?

    Nicolas Jeanneté : Pour faciliter les démarches, nous avons mis en place cette année un système de billetterie électronique. En allant sur le site www.francophonic-festival.de, pour un euro de plus, chacun peut acheter son ticket en ligne. Il recevra alors un numéro de réservation qu'il échangera à la caisse le soir du concert. Les places valent toutes entre 10 et 16 euros, ce qui est très raisonnable. Et la réservation ne coûte, via Internet, qu'1 euro. Alors n'hésitez pas !





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